Je suis auteur de 3 romans et d’un recueil de nouvelles. En 2001 j’ai publié mon premier roman « Un infime espace d’éternité » (Editions Extra Bleu ciel).Comme souvent chez les auteurs, ce livre comporte une partie autobiographique. Des évènements survenus dans ma vie ont provoqué ce besoin d’écriture. Toutefois, le livre n’a pas été une thérapie (expression à la mode) car je n’étais pas malade, mais il m’a aidé à me regarder en face, à faire certains bilans. Ce livre est à double entrée puisque l’on retrouve une histoire d’amour et de désamour mais aussi les tribulations des Italiens arrivés en Savoie à différentes époques. Le Consulat d’Italie a d’ailleurs eu la gentillesse de préfacer cet ouvrage. L’ action se passe en grande partie à Aix-les-Bains (ma ville natale) et en Italie (Venise notamment).
Fort de l’honnête succès de mon premier roman, je décidai de passer à la fiction pure( cela est-il possible ?) et je me lançai dans l’histoire d’une famille italienne venue d’Emilie et ayant fui le fascisme, « Le dernier cri du loup ». Je situai l’action dans la Vallée des Huiles (près de La Rochette) ainsi qu’en Italie, bien sûr ! Si le roman était boudé par les éditeurs parisiens, il était accepté par les Editions Thot à Grenoble qui le publièrent en 2004. France 3 Alpes s’intéressa au livre et j’eus droit à un petit film de 5 minutes réalisé dans les décors naturels par Claudine Longhi et son équipe. La couverture et les illustrations furent mises au point par Dominique Gervais. En 2007, je récidivai en publiant « Le côté ensoleillé de la rue », l’histoire d’un pianiste de jazz vivant à Genève, Alex Moser. Un jour, ce pianiste rencontre Candice, une très belle jeune femme qui va influer sur sa vie et sa musique. Ce livre fut l’occasion pour moi d’évoquer la vie des musiciens avec toutes ses vicissitudes. C’est aussi une belle histoire d’amour avec sa part de souffrances. En ce qui concerne la publication, lassé de faire le travail à la place des éditeurs (communication, diffusion…) je décidai de me lancer dans l’auto-édition. Le livre est donc publié sous le nom des Editions du Sierre et a été récompensé en avril 2009 au Printemps du livre par le Prix de la municipalité de Domessin (attribué par les lecteurs).
Ce dernier ouvrage m’ayant demandé presque 3 ans (certains écrivent des livres en 3 mois, j’avoue humblement que je ne sais pas faire…), j’avais envie de souffler un peu et de passer à une forme d’écriture différente. Cela m’amena à écrire un recueil de nouvelles « Discrètes solitudes » qui vient de paraître en 2009, toujours aux Editions du Sierre, puisque là encore je n’ai pas réussi à entrer chez un grand éditeur. Ce recueil comporte 12 nouvelles écrites à partir de faits divers ou de rencontres, des nouvelles qui se passent aussi bien au bord du Lac d’Annecy, à Lyon, au Maroc, en Tchéquie ou encore en Angleterre. Ce qui relie les personnages c’est qu’ils se sont, à un moment donné, isolés du fait de leur puissance, de leur mode de vie ou d’un éloignement volontaire. Les illustrations sont de Franck Lloberes, artiste-peintre qui a, en 2008, au sein d’un collectif, réalisé à Shanghaï la plus grande fresque du monde. La préface est de mon ami Jean Bertolino, écrivain et grand reporter, ancien producteur à TF1 de l’émission « 52 sur la une ». Mais au-delà des titres des uns et des autres c’est surtout le témoignage d’amitié de Franck et de Jean qui m’a le plus touché.
Auteur-compositeur, j’ai commencé par l’écriture de poèmes et de chansons ; à un moment donné j’ai eu besoin d’une forme d’écriture plus soutenue et le roman m’apparaissait comme la solution. Quelle magie de pouvoir se retrouver chaque jour avec ses personnages, les faire évoluer, leur faire dire ce que parfois on n’ose pas soi-même. Quel plaisir de faire partager au lecteur ses émotions ou la beauté d’un paysage.
Lorsque j’ai écrit mon premier livre, il est vrai que j’étais certainement un peu paralysé par le fait qu’on allait me lire, me juger, « m’assassiner » peut-être. Puis avec les encouragements des lecteurs et surtout celui de Jean Bertolino (qui, à l’époque ne me connaissait pas) j’ai pris confiance. Aujourd’hui, si je me remets souvent en cause, si je suis le premier à être critique et sévère vis-à-vis de mes écrits, je n’ai pas de complexes et je le dis sans cesse à ceux qui écrivent : « Ce n’est pas parce que vous écrivez à Chambéry que vous êtes moins bons que ceux qui écrivent à Paris. Pour le reste c’est souvent une affaire de contacts et d’opportunités… »
Le livre c’est également un formidable vecteur de rencontres, sans lequel je n’aurais pas rencontré des gens comme Robert Piccamiglio, Hubert Mingarelli, Paul Desalmand ou dans un autre registre Marc Batard, Alain Vuarnet, sans oublier tous mes amis auteurs « régionaux » (j’ai horreur de ce qualificatif !), ceux de la Société des Auteurs Savoyards et les autres avec qui nous partageons nos doutes, nos espoirs et quelques grands moments de solitude…
L’écriture est un besoin. Je mets tout par écrit, depuis la phrase qui vous vient par surprise jusqu’aux citations marquantes que je recopie en passant par des extraits d’auteurs que je lis. Et quand je dis l’écriture c’est la vraie, au stylo-plume, pas celle où on tapote sur un ordinateur. D’ailleurs j’écris tous mes livres à la main. L’ordinateur constitue pour moi un blocage, et puis j’ai une maquettiste qui fait cela bien mieux que moi !
Je n’ai pas de moments privilégiés pour écrire. C’est quand j’en ai envie ou besoin. C’est un peu comme…l’amour. Il ne faut pas calculer !
Quelquefois je peux écrire 8 heures d’affilée et je suis aussi capable de rester des mois sans avancer mon livre.
J’écris dans « mon pigeonnier » sous les toits , et de ma fenêtre je peux apercevoir la Dent du Chat ou la rivière du Sierroz. C’est un équilibre.
Par contre, je ne supporte pas le moindre bruit quand j’écris, ni la moindre présence (à part celle du chat). Comme le disait justement Louis Pauwels « La solitude est l’outil principal de l’écrivain ».
Je peux même être désagréable si on m’interrompt alors que je tiens « un filon ». Mais ça me rassure, je ne suis pas le seul à réagir ainsi.
Pour vivre il faut toujours avoir des projets. Même si je suis un peu au creux de la vague, car lorsqu’on s’auto-édite il faut tout faire soi-même et c’est le parcours du combattant. J’ai donc en gestation depuis longtemps un recueil de poèmes, un roman et un autre type d’ouvrage dont je ne peux pas encore parler car d’autres sont impliqués dans le projet. En parallèle, j’ai proposé « Le dernier cri du loup » à 2 producteurs cinéma et télévision et j’aimerais trouver un éditeur suisse afin qu’il puisse donner une seconde vie à mon roman « Le côté ensoleillé de la rue » (à bon entendeur…)
En Savoie, il n’est pas facile d’être « un auteur régional » sauf si vous vous spécialisez dans le terroir. Les maisons d’éditions se comptent sur les doigts d’une main et laissent peu de place aux auteurs qui créent (romans, nouvelles, poésie…). Les libraires (je ne parle pas des franchises avec lesquelles cela devient de plus en plus compliqué) devraient assurer la promotion des auteurs savoyards et certains sont à la limite du mépris quand vous leur présentez vos ouvrages. Heureusement, j’ai un réseau de libraires qui jouent le jeu, voire même de supermarchés qui me reçoivent à bras ouverts et je les en remercie. Je ne peux les citer mais ils se reconnaîtront.
Le Festival du Premier Roman : c’est une bonne idée mais c’est un événement qui reste élitiste puisqu’il met en lumière des auteurs qui sont déjà édités nationalement. Je l’ai suggéré un jour : pourquoi ne pas créer une structure parallèle et des animations qui permettraient de faire découvrir des auteurs de la région. Le talent n’est pas forcément parisien, je le répète !
-Les Salons du livre : -UGINE : les organisateurs sont chaleureux et essaient de donner leur chance aux auteurs même si cette année ils ont été obligés de réduire l’espace. Les auteurs sont considérés.
-LES MARCHES : des organisateurs qui accueillent bien et invitent les auteurs locaux. Là aussi beaucoup de convivialité
-DOMESSIN : Richard Keller était chargé d’organiser le Printemps du livre avec Nathalie Tournier et ce fut un coup de maître. Ils vont sans doute pérenniser ce salon qui a un bel avenir.
-HERMILLON : on m’a fait comprendre que les auteurs auto-édités n’y avaient pas droit de cité. J’ai écrit 2 romans édités et je n’ai pas l’impression que les 2 derniers, auto-édités, soient moins bons que les 2 précédents. Bizarre…
-BRISON-ST-INNOCENT : je ne peux pas dire grand-chose puisque j’en suis à l’origine. Simplement, nous essayons de faire tourner et d’inviter un maximum d’auteurs sur 2 ou 3 ans car notre place est limitée. Par contre, j’aimerais tellement qu’on nous aide un peu. Nous arrivons à la 6ème édition et l’an dernier aucune aide officielle du Conseil Général, quant au Conseil régional il ne nous a même pas répondu.
Voilà j’espère n’avoir oublié personne et le mot de la fin sera à l’adresse de tous les acteurs du livre en Savoie (éditeurs, libraires, organisateurs, lecteurs…) : « Aidez les auteurs savoyards, connus ou inconnus, par un coup de pouce, un achat, un encouragement, un contact ou même parfois un simple sourire. Alors le livre et la « culture » auront peut-être fait un grand pas. »
Et pour finir, merci à toi Sarah qui nous donne aujourd’hui l’occasion de nous exprimer et de partager nos idées. Tu as créé le lien entre nous tous et j’espère que ce lien sera de plus en plus solide !