Chaque mois, l’écrivain savoyard Richard Keller nous livre ses coups de cœur, ou ses contrariétés, à propos du paysage éditorial des Pays de Savoie. Voici aujourd’hui sa dernière chronique.
Mastication…
Proposé par l’AEL & le Collectif Culturel Avant Pays Savoyard
Voilà un titre qui pourrait laisser notre imagination vagabonder vers un tout autre sujet que celui de la pièce interprétée par la compagnie girondine Duodélire…cela aurait pu s’intituler « Mémoires d’outre-tombe, A tombeau ouvert ou Le dialogue des morts vivants »
Plantons donc le décor :
Un village de moyenne montagne aux confins du massif de Chartreuse et de l’Avant-Pays Savoyard. Vous êtes au village de LA BAUCHE. Le soleil couchant darde de ses derniers rayons le clocher et le cimetière communal posé à flanc de colline, un bel endroit pour l’éternité.
Un maire dynamique et courageux qui ose ouvrir ces lieux en permettant par le biais du théâtre de faire revivre les défunts. Merci à Roger VILLIEN et à son équipe municipale.
Quelques dizaines de spectateurs dubitatifs dans l’attente du spectacle.
Enfin quatre comédiens prêts à nous emmener dans ce voyage improbable.
L’histoire se déroule de nos jours, elle pourrait s’intituler « Chroniques de mon village », tellement les propos tenus par nos acteurs défunts sonnent juste, tellement ils touchent du doigt les joies et les peines de la vie. Chacun s’exprime en résumant un peu de son existence terrestre et sa fin, il y a de l’émotion, du rire et une approche insolite de l’au-delà.
Cette pièce, tirée de l’œuvre de Patrick KERMANN, adaptée et interprétée par Jean-Marc DRUET et Muriel BOUILLAUD, est jubilatoire car les morts ont beaucoup à nous dire…avec le franc parler de leur époque…Le gardien accordéoniste du cimetière ( Christophe LASNIER) invite le public à le suivre dans un parcours tantôt cocasse ou émouvant…La jeune fille jouée par Frédérique DEMOURS est touchante dans sa folie…Un moment rare auquel j’ai assisté, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec l’excellent ouvrage de mon ami parisien Stéphane NOLHART « Je ne vous voyais pas comme ça ». Ce roman traite aussi de la mort, c’est le combat que se livrent la mort et la médecine depuis l’origine de l’humanité à nos jours. Et bien franchement, lorsque des romanciers et des gens de théâtre osent s’attaquer à un tabou de notre société, vous voyez ça autrement.
Saluons cette initiative qui, dans le respect absolu des lieux et de ceux qui y reposent, a amené le théâtre et la culture au plus près du public.
Muriel BOUILLAUD & Jean-Marc DRUET
http://www.duodelire.net
contact@duodelire.net